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Expositions

Congo (belge) - Carl De Keyzer 22.01.10 - 16.05.10

Congo (belge) - Carl De Keyzer - Magnum

Carl De Keyzer, photographe belge de renom et membre de la célèbre agence Magnum, a parcouru le Congo dans le cadre du 50e anniversaire de l'indépendance de l'ancienne colonie belge. Il en est revenu avec une série de photos uniques actuellement exposées au Musée de la photo de la province d'Anvers.

De Keyzer a élaboré son itinéraire en se basant sur le ‘Guide du voyageur au Congo’, un guide touristique datant de 1958. Une fois sur place, il s'est cependant rendu compte qu'il lui serait impossible de suivre fidèlement le parcours original proposé par le guide, étant donné que les routes étaient en bien plus mauvais état qu'il y a 50 ans. Il a dès lors été contraint d'adapter entièrement son itinéraire. Il a toutefois utilisé le guide comme outil et source d'information pour explorer le pays en profondeur. En effet, l'ouvrage décrit les lieux où des travaux d'infrastructure ont été réalisés par les Belges ainsi que la localisation des plus importants postes de mission, séminaires, manufactures et mines. Le principal problème de De Keyzer fut d'atteindre ces endroits pour les photographier, cinquante ans plus tard. “Le Congo est une mine d'or sur le plan photographique, mais vous devez pouvoir arriver sur le site que vous souhaitez immortaliser.”

Les conditions dans lesquelles De Keyzer a été contraint de travailler sont incroyablement pénibles. La preuve nous vient d'une photo, sur laquelle un gardien de prison pointe un fusil vers lui. “Vous devez véritablement triompher de tout: la nature, l'administration, les gens, la corruption et, naturellement, vous-même!” Parfois, il lui fallait courir d'un bureau à l'autre pendant trois jours et collectionner les cachets juste pour pouvoir mettre le pied dans un vieux bâtiment décrépit. Dans la plupart des cas, il lui fallait obtenir des autorisations pour pouvoir faire des photos, et, souvent, il a dû mettre la main au portefeuille, pour la première fois de sa carrière, pour atteindre son objectif. Son récit ressemble à une expédition risquée, sur les traces de Stanley et de Tintin. De Keyzer balaie cette comparaison. “Je ne prends des risques que si je ne peux vraiment pas faire autrement. Je ne suis pas allé sur la ligne de front. Si vous vous lancez dans une telle aventure comme un kamikaze, vous tiendrez au mieux quelques mois.”

Ce qui a surtout frappé De Keyzer, c'est l'échelle incroyable à laquelle le système colonial a été implanté sur un territoire quelque quatre-vingts fois plus grand que la Belgique. Ses photos donnent également une image assez complète du grand nombre de reliquats belges qui subsistent dans le Congo moderne. Les vestiges architecturaux suscitent fréquemment des impressions surréalistes dans le paysage congolais actuel: rapports étranges entre l'architecture et les hommes, ruines dans des paysages idylliques, nouveaux usages attribués à l'infrastructure délabrée subsistant. Ainsi, son premier cliché est une photo d'une énorme villa belge construite dans un petit village. Une hutte a été érigée dans le salon et des chèvres se promènent dans la cuisine.

Les photos surréalistes contrastent vivement avec l'utopie du rêve colonial que les autorités ont fait miroiter à la population. Le Congo a en effet été “visuellement annexé” par ces autorités et le nouveau support ayant vu le jour à l'époque, la photographie, a été utilisé en tant qu'instrument fondamental de l'exploration, de la conquête et de la représentation de la colonie. Le ‘regard belge’ porté sur le passé colonial est, pour De Keyzer aussi, inévitable. Les clichés nous parlent davantage des Belges et de ce qu'ils ont fait là-bas que des Congolais. Ce n'est qu'en tant que Belge que De Keyzer a pu mettre en image le Congo de cette manière.

Le résultat de cette expédition est une série de photos uniques qui possèdent une signification historique. Les photos montrent ce qui subsiste de l'héritage colonial belge et la manière dont les habitants de la République démocratique du Congo en font usage, mais surtout, elles suscitent de nombreuses questions sur la façon dont la Belgique a interprété cette colonisation en termes d’architecture et d’urbanisme ainsi que sur les raisons de l’état actuel de chaos et de déclin. Le photographe a l'habitude d'axer son travail sur une réflexion sur la religion, le pouvoir et l'idéologie. Il n'en va pas autrement dans ce projet. Des fragments du pays ont déjà été photographiés par le passé, mais jamais à ce jour, un projet photographique aussi complet n'avait été mené au Congo.

Un album photos portant le même nom est publié dans le cadre de cette exposition chez Lannoo. L'album est conçu comme le ‘cahier’ d'un administrateur qui planifie une colonie à distance. 

Congo belge en images 22.01.10 - 16.05.10

(Uele) Van Kerckhovenville, Prisonniers démolissant une termitière, AP.0.0.2059-2, collectie KMMA Tervuren, foto le K, 1903, KMMA Tervuren

Avec cette exposition, Carl De Keyzer, photographe de l’agence Magnum, et Johan Lagae, spécialiste en histoire de l’architecture, veulent revisiter la perception classique de la colonisation belge du Congo. Ils partent du principe selon lequel notre connaissance de la colonisation belge du Congo est largement déterminée par les images de propagande. Ainsi, l’ouvrage paru en 1911 et dont cette exposition tire son nom, Le Congo belge en images, montre comment la Belgique a donné corps à son projet colonial et essayé de le légitimer par une vision eurocentrique de la colonie, mise en scène de manière professionnelle et étayée par des textes et des photos. De Keyzer et Lagae se sont intéressés aux photos du Congo qui donnent un contenu différent et plus complexe à la colonisation et montrant certains aspects connus de manière puissante et évocatrice, mais laissant également entrevoir au visiteur une autre réalité.

Pour concevoir cette exposition, De Keyzer et Lagae se sont plongés dans les vastes archives du Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren. Ils ont eu l’opportunité unique d’être les premières personnes extérieures à bénéficier d’un accès illimité au projet de numérisation en cours des collections photographiques du musée. Ils ont, dans un premier temps, opéré individuellement une sélection parmi les 42.000 photos numériques disponibles, avant de confronter leurs choix, d’en discuter et d’effectuer un nouveau tri jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une belle série de photos ‘parlantes’. L’exposition est le fruit de cette expédition à travers l’immense collection.

ur cette quête, De Keyzer et Lagae n’avaient défini aucun critère préalable. Ils se sont laissé guider par le hasard, la surprise et l’intuition, portant sur les photos un regard le plus impartial possible. Ils ont choisi des photos qui excitaient leur imagination et invitaient à donner une autre interprétation au passé colonial. Ils ont également recherché des photos ne présentant pas une approche documentaire, mais dont le photographe se pose en auteur à part entière, d’une nature plus expérimentale et qui exhalent vraiment un savoir-faire. Les photos dont la composition et le langage imagé correspondent parfaitement aux conventions de l’imagerie coloniale, telles que les photos des ‘indigènes types’, vus de face et de profil, n’ont pas passé la rampe de la sélection, tout comme celles jouant trop sur l’effet. De Keyzer a sciemment évité que l’exposition puisse être considérée comme un pendant ou une explication de son livre (“Congo (belge)” – red), même s’il a sélectionné des clichés qu’il aurait lui-même pu prendre. Pour lui, les deux projets sont autonomes l’un à l’égard de l’autre et portent un regard différent sur le Congo. Lagae adopte pour sa part une perspective plus historique et a choisi des photos qui ne confirment pas tant notre connaissance du Congo colonial, mais qui modifient la compréhension que nous pouvons en avoir pour mettre en lumière une autre perception de la colonisation en Afrique centrale.

Pour cerner au mieux ce que le photographe a vu lorsqu’il a pris la photo, ils sont partis du négatif original pour en tirer une reproduction la meilleure qui soit à l’aide des techniques modernes. En utilisant des scanners à haute résolution comme il le ferait pour ses propres photos, Carl De Keyzer a révélé pour la première fois la netteté et les détails de ces clichés historiques. Cette opération est également une manière de retourner dans le passé, comme un photographe imaginaire, et de dénicher selon une perspective actuelle et avec des outils modernes les intentions et significations délibérées ou pas enfouies dans le matériel photographique. Congo belge en images offre une relecture évocatrice du passé colonial.

Trois vitrines sont présentées dans la salle d’exposition. La première vitrine, “l’annexion visuelle du Congo”, propose au visiteur quelques ouvrages illustrés et comptes rendus de voyages allant du début du siècle passé jusqu’aux années 1950, apogée du développement de l’imagerie coloniale par la photo. Une deuxième vitrine, “l’archive photographique”, comporte une série de fiches originales de la collection du MRAC, accompagnées de photos initialement sélectionnées mais finalement non retenues en raison de l’absence des négatifs sur verre. La troisième et dernière vitrine, “(apprendre à) regarder”, présente un nombre limité de fiches assorties de photos dont les historiens Patricia Hayes (Afrique du Sud) et Jacob Sabakinu Kivilu (Congo) proposent une lecture et/ou expliquées dans le catalogue par Johan Lagae.

Apprendre à bien regarder’ et prendre le temps de nouer un dialogue sur la base d’une photo est une invitation majeure que De Keyzer et Lagae veulent adresser au visiteur par cette exposition. Les photos présentent une forte stratification, qu’il est impossible de saisir immédiatement, et qui pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses. Enfin, l’exposition attire l’attention du visiteur sur des photos qui illustrent comment des pionniers de la fin du dix-neuvième siècle ont pénétré sur le territoire ‘vierge’ du Heart of Darkness. L’exposition ne propose cependant pas uniquement un récit héroïque de l’exploration, mais elle est aussi faite de photos qui illustrent la réalité quotidienne des vastes opérations logistiques qui y sont associées. Elle dévoile également autant de moments de succès que d’échecs et de doutes de la colonisation belge en Afrique centrale.